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Santé : comment l’Afrique a gagné la bataille contre la polio

August 26, 2020

L’espoir est né il y a tout juste un an, lorsque le Nigeria a annoncé n’avoir plus enregistré aucun cas de poliomyélite depuis trois ans, ce que des experts indépendants de l’Organisation mondiale de la santé sont allés vérifier et surveiller sur le terrain. Un an plus tard, l’OMS vient d’annoncer, ce mardi 25 août, l’éradication de la polio en Afrique. Il faut normalement attendre trois ans sans cas déclaré pour obtenir la certification de l’OMS, mais l’organisation onusienne a préféré attendre quatre ans, cette fois, « pour être sûre à 100 % qu’il n’y a plus de danger », a expliqué à l’AFP Tunji Funsho, du comité Polio Nigeria de l’association Rotary International.

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Qu’est-ce que la poliomyélite ?

Provoquée par le poliovirus sauvage, la poliomyélite touche surtout les enfants, attaquant la moelle épinière et pouvant provoquer une paralysie irréversible. Elle était répandue dans le monde jusqu’à la découverte d’un vaccin, dans les années 1950. « Aujourd’hui, les membres de la Commission de certification pour la région Afrique (ARCC) – organisme de certification de l’OMS – déclarent que la transmission du poliovirus sauvage a été interrompue » en Afrique, a affirmé sa présidente, Rose Leke, lors d’un événement organisé par visioconférence.

En 1988, l’OMS dénombrait 350 000 cas à travers le monde et encore plus de 70 000 cas rien qu’en Afrique en 1996. Mais, grâce à une rare prise de conscience collective et à d’importants efforts financiers d’un montant de 19 milliards de dollars sur 30 ans, seuls deux pays au monde comptent aujourd’hui des contaminations par le poliovirus sauvage : l’Afghanistan (29 cas en 2020) et le Pakistan (58 cas).

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Le Nigeria, dernier bastion de la maladie sur le continent

Épicentre de la maladie dans le monde au début des années 2000, le Nigeria, géant africain de 200 millions d’habitants, figurait encore il y a peu à leurs côtés. Dans le Nord musulman, sous la pression des milieux salafistes, les campagnes de vaccination antipolio s’étaient arrêtées entre 2003 et 2004, accusées par la rumeur d’être l’outil d’un vaste complot international pour stériliser les musulmans.

Il a fallu un énorme travail avec les chefs traditionnels et religieux pour convaincre les populations de faire vacciner leurs enfants.

Pourtant, dès 2009, l’émergence du conflit contre Boko Haram a douché les espoirs d’avoir enfin éradiqué la maladie : en 2016, quatre nouveaux cas de poliomyélite étaient enregistrés dans l’État du Borno (nord-est), foyer de l’insurrection djihadiste. « À l’époque, environ 400 000 enfants étaient hors d’atteinte de toute campagne médicale à cause des violences », se souvient le Dr Funsho. La situation sécuritaire reste extrêmement volatile dans le nord-est du Nigeria, dont Boko Haram et le groupe État Islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) contrôlent de larges zones, particulièrement autour du lac Tchad.

« Mais les autorités locales, les agences humanitaires et tous les partenaires ont pris le taureau par les cornes pour trouver des solutions pour atteindre ces enfants », raconte Musa Idowu Audu, coordinateur de l’OMS pour l’État du Borno.

Aujourd’hui, on estime que seuls 30 000 enfants sont toujours « inaccessibles » : un chiffre « trop faible » pour assurer une transmission épidémique, selon les experts scientifiques. Malgré son « immense fierté et sa joie », le Dr Audu rappelle qu’une vingtaine d’employés médicaux ou de bénévoles ont été tués ces dernières années dans le nord-est du Nigeria.

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Un vent d’espoir

« C’est un moment historique pour l’Afrique », a déclaré la directrice Afrique de l’OMS, Matshidiso Moeti. « À partir de maintenant, les enfants qui naîtront sur ce continent n’auront pas à craindre d’être infectés par la polio. » « C’est une formidable victoire, une délivrance », a dit le docteur Tunji Funsho. « Cela fait plus de trente ans que nous avons lancé ce défi. Dire que je suis heureux, c’est un euphémisme ! » se réjouit ce médecin nigérian lors d’une visioconférence à laquelle assistaient le directeur général de l’OMS, l’Éthiopien Tedros Adhanom Ghebreyesus, ou les milliardaires et philanthropes nigérian Aliko Dangote et américain Bill Gates. « L’Afrique a démontré qu’en dépit de la faiblesse des systèmes de santé, de grandes difficultés logistiques opérationnelles rencontrées sur le continent, les pays africains ont collaboré très efficacement à l’éradication du poliovirus sauvage », a souligné Dr Pascal Mkanda, coordonnateur du programme OMS d’éradication de la poliomyélite dans la région africaine.

C’est le deuxième virus à être éradiqué du continent depuis la disparition de la variole, il y a 40 ans. Autres bonnes nouvelles émanant du continent : la République démocratique du Congo a annoncé mardi la fin officielle d’une meurtrière épidémie de rougeole qui a emporté, en vingt-cinq mois, plus de 7 000 enfants de moins de 5 ans.

Et le Togo a annoncé lundi être le premier pays africain à avoir « définitivement éradiqué de son territoire la trypanosomiase humaine africaine (THA), plus connue sous le nom de « maladie du sommeil ».

Des médecins restent cependant inquiets de l’impact de la pandémie de coronavirus sur les activités de surveillance d’autres épidémies. Dans plusieurs pays du continent, les campagnes de vaccination, notamment de la polio, ont été interrompues en raison des restrictions sur les déplacements, mais l’OMS a appelé à leur reprise « dès que possible ».

Continent le moins touché par le Covid-19 après l’Océanie, l’Afrique a officiellement recensé 1 196 539 cas de nouveau coronavirus, dont 27 990 décès. « Nous semblons avoir atteint un pic et désormais le nombre de nouveaux cas quotidiens est en baisse », a souligné mardi la directrice régionale Afrique de l’OMS, Matshidiso Moeti, tout en mettant en garde contre un relâchement qui faciliterait une deuxième vague de contaminations.

Source : African Media Agency (AMA)

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