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Côte d’Ivoire : les adieux de Korhogo au fils du pays, Amadou Gon Coulibaly

July 18, 2020

L’atmosphère est lourde ce vendredi 17 juillet à Korhogo, dans le nord de la Côte d’Ivoire. Très solennelle. Jusqu’au bout, le nom du Premier ministre décédé soudainement à l’âge de 61 ans, la semaine dernière aura résonné en pays Poro. Très ancré dans la tradition, attaché aux valeurs de la coutume du peuple sénoufo, Amadou Gon Coulibaly aura par tous les moyens contribué à leur rayonnement. Il a été inhumé au terme d’une semaine de deuil national.

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Korhogo plongée dans la tristesse

« Le lion de Korhogo », comme le surnommaient ses partisans, a été enterré dans l’intimité, dans le caveau familial situé au quartier Soba auprès de son grand-père et de son père disparu lui aussi un certain jour de juillet 1990, au même âge. Auparavant s’est déroulée une prière funéraire à la grande mosquée de la quatrième ville du pays, en présence du président Alassane Ouattara et de centaines de fidèles. Dans son sermon, l’imam Ousmane Diakité a donné le ton et a exhorté les Ivoiriens à se souvenir des actions positives du défunt descendant de la prestigieuse lignée du fondateur de la ville. « Individuellement, chacun devrait méditer et imiter les valeurs incarnées et revérifiés par El Hadj Amadou Gon Coulibaly. Mais au-delà de cela, nous devrions faire l’effort pour que le souvenir des œuvres, de l’exemple qu’a laissés Amadou Gon Coulibaly ne dure pas seulement le temps de nos émotions. Nous devons faire en sorte que les générations présentes et futures puissent apprendre, comprendre et imiter l’exemple qu’il a laissé », a-t-il indiqué, avant la prière du vendredi précédant la prière mortuaire.

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La disparition de ce haut cadre a laissé dans l’émoi toute une population. Le Premier ministre, « c’était une référence, un exemple », a déclaré à l’AFP El Hadj Bambadji Bamba, un professeur. « Aujourd’hui ce sont les obsèques d’un chef. Nous sommes venus en grand nombre. C’était essentiel d’être là. Après tout ce que cet homme-là a fait pour notre pays, il était bon qu’on vienne lui exprimer notre reconnaissance. »

Un grand vide pour la région

Amadou Gon Coulibaly, qui était le candidat du parti au pouvoir pour l’élection présidentielle d’octobre, est mort d’une crise cardiaque à l’issue d’un conseil des ministres, quelques jours après son retour de France où il avait été soigné pendant deux mois. Sa mort brusque bouleverse le jeu politique ivoirien, à trois mois et demi du scrutin présidentiel et laisse un grand vide pour les populations de la région.

Routes, écoles, dispensaires : Korhogo, la quatrième ville de Côte d’Ivoire, s’est beaucoup développée grâce à l’enfant du pays, Amadou Gon Coulibaly, et après la mort inattendue du Premier ministre, les habitants s’inquiètent pour l’avenir. Dans la grande ville du nord ivoirien, tout le monde, même les opposants politiques, s’accorde à reconnaître qu’Amadou Gon Coulibaly a fait énormément pour cette cité de quelque 250 000 habitants et sa région du Poro, exportatrice de noix de cajou, de coton et de mangues.

Et on attendait encore davantage s’il avait été élu président de la République, puisqu’il était le candidat désigné par le parti au pouvoir pour le scrutin présidentiel d’octobre. Jusqu’à sa mort soudaine, le 8 juillet, d’une crise cardiaque, à 61 ans.

Car en Côte d’Ivoire, comme dans beaucoup de pays, le développement d’une région suit souvent les hauts et les bas de la carrière politique de son principal représentant. Ainsi Yamoussoukro, simple village natal du président Félix Houphouët-Boigny (1960-93) devenu capitale politique de la Côte d’Ivoire, stagne depuis la mort du père de l’indépendance.

« À Korhogo, jusqu’au début des années 2000, il y avait beaucoup de poussière, des rues impraticables, c’était difficile de circuler dans la région à cause de l’état des routes et des innombrables postes de contrôle », explique le président d’une compagnie de transport, Seydou Coulibaly.

« Ces dix dernières années, avec l’arrivée au pouvoir du RHDP [le parti du président Ouattara, qui avait fait de Gon Coulibaly, dit « AGC », son successeur, NDLR], nous avons vécu un grand changement », note l’opérateur économique. « Il a bitumé les grandes artères de la ville, les quartiers, électrifié toute la ville, la périphérie, les villages alentour, donné l’adduction d’eau, construit beaucoup d’écoles, de centres de santé », détaille le maire du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) Lazani Coulibaly. « Il a changé la face de la ville et a fait plus en dix ans que les quarante années précédentes », résume-t-il.

« C’était notre étoile », abonde le chef traditionnel du canton Issa Coulibaly. L’opposant Moussa Silué, du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de l’ex-président Laurent Gbagbo, pointe cependant le chômage des jeunes, toujours important dans la région. « La majorité de la population est jeune, peu instruite, il n’y a pas assez d’emplois dans l’agriculture ni l’industrie », avance-t-il. Il critique aussi le « clanisme » d’AGC, à savoir l’accaparement par ses proches des contrats et des bons postes.

Mais alors que tous les Korhogolais rendent hommage à AGC, une question est sur toutes les lèvres. « Qui va prendre la relève ? Qui va finir le travail pour Korhogo ? » se demande Soro Yetoumana, soudeur. La mort d’AGC, « c’est un coup dur, on a l’impression que le ciel nous est tombé sur la tête », confie le transporteur Seydou Coulibaly.

Le maire Lazani Coulibaly se veut optimiste : « On ne s’inquiète pas trop, car le pouvoir reste le même. Les projets qu’il [AGC] avait commencés, c’est déjà bouclé », veut-il croire. « Le peuple sénoufo [auquel appartenait AGC] sait se battre, mais on ne peut pas évoluer sans son appui », s’inquiète cependant Seydou Coulibaly. « On espère qu’on ne va pas nous oublier. »

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« Amadou, je t’aime moi aussi »

Les obsèques du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly ont débuté le 14 juillet par un hommage de la nation sur le parvis du palais présidentiel, en présence du président Alassane Ouattara, de son homologue sénégalais, Macky Sall et du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian.

Cette première cérémonie a été suivie le mercredi 15 juillet d’un hommage de son parti, le Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et la paix (RHDP) au palais des sports dans la matinée et une lecture du coran suivie d’une bénédiction à la grande mosquée de la Riviera golf dans l’après-midi avant le transfert de la dépouille mortuaire à Korhogo.

Le président Ouattara, qui s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis le décès de son « fils », n’est pas entré sur le champ politique : « Après la douleur, je ne pouvais pas ne pas prendre la parole […] Amadou, je t’aime moi aussi » a-t-il dit, répondant ainsi au « Je vous aime » public du Premier ministre à son retour de France le 2 juillet.

Source : African Media Agency (AMA)

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