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Livraison à domicile : comment le Covid-19 modifie la donne en Afrique

June 1, 2020

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Qu’elles s’appellent Glovo, Jumia Food, Rapidos, Mr D Food, Diva 228, Hello Group ou Deliver Addis : ces sociétés de livraison de repas et de courses à domicile sont en train de faire un véritable carton sur le continent. En effet, si l’épidémie n’a pas causé les ravages redoutés en Afrique, le continent n’échappe pas aux sombres pronostics sur l’impact qu’elle aura sur les économies. La fermeture des marchés si importants sur le continent et les contraintes imposées aux flux de biens et de personnes ont durement affecté le commerce de détail. Mais en ce qui concerne le commerce en ligne, les témoignages recueillis par l’AFP et d’autres médias locaux auprès d’opérateurs suggèrent que la livraison à domicile est en train de faire sa révolution en Afrique. Tour d’horizon.

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Pour éviter les longues files d’attente devant les boulangeries de Dakar pendant la pandémie de coronavirus, les Sénégalais peuvent se faire livrer leur pain à domicile. L’initiative «Jayma Mburu», ou «Vendez-moi du pain», a été lancée par le ministère du Commerce en partenariat avec des entreprises privées. 
© SEYLLOU / AFP

Illustrations au Sénégal

Du sucre, du lait, du café, des dattes, du fromage… Seydou Sall asperge d’antiseptique les sacs de denrées tout juste déposés chez lui par l’une de ces sociétés. Ce chercheur dans le monde de l’entreprise qui vit dans un quartier huppé de la capitale sénégalaise s’en remet à l’e-commerce, comme un nombre de consommateurs grandissant sous l’effet de la pandémie. « La livraison à domicile me permet d’éviter les contacts et les queues. En trois clics, j’ai ma commande et je ne paie que 2 000 francs CFA », soit 3 euros, pour la livraison, dit-il, masque sur le visage.

Les autorités sénégalaises ont restreint les déplacements et l’ouverture des marchés et des commerces. Ajoutez à cela la crainte de la contagion, et Seydou Sall a confié son approvisionnement à Rapidos. La plateforme assure faire des affaires. « Rapidos a été créée il y a deux ans comme un site de livraison », indique un de ses responsables, Mohamed Badiane. « Avec le coronavirus et les difficultés pour se déplacer, une plateforme de vente en ligne a été ajoutée en partenariat avec des supermarchés, des boulangeries, des opérateurs de produits comme les fruits et légumes, la viande. » Depuis, « les livraisons à domicile ont augmenté de 90 %, essentiellement des produits liés au ramadan comme le sucre, les dattes et le lait », explique-t-il.

Effet dopant de la crise du Covid-19 ?

Cependant, l’apparente absence d’étude ou de données spécifiques incite à la prudence quant à la profitabilité ou la durabilité du phénomène, dans un contexte africain compliqué pour cette activité. Jumia, géant du secteur en Afrique, connaît en Côte d’Ivoire une « explosion des commandes de supermarché, de nourriture et de produits d’hygiène », raconte son directeur général dans le pays, Francis Dufay. Les commandes sont le triple de ce qu’elles sont en temps normal, assure-t-il.

En Afrique du Sud, qui dispute avec le Nigeria la place de première économie africaine, OneCart, qui livre des produits alimentaires et pharmaceutiques, revendique une « augmentation de 500 % » de ses activités, à laquelle il a fallu s’adapter en accroissant les capacités, témoigne Lynton Peters, cofondateur. La start-up a même dû anticiper son plan de croissance prévu pour l’année prochaine. Elle a recruté 450 personnes et mis à jour ses plateformes. « Nous avons vu à quel point nos équipes sont résilientes et à quel point le véritable travail d’équipe est valorisant. Nous avons également établi un partenariat avec FoodForward SA pour aider à générer des dons pour les aider à fournir aux plus vulnérables des repas pendant cette période », a déclaré la jeune entreprise dans un communiqué.

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Le fort impact de l’achat en ligne

Le commerce en ligne progressait déjà de manière significative en Afrique avec l’avancée d’Internet, le développement de la classe moyenne, l’urbanisation et la jeunesse de la population, tout en demeurant éloigné de ce qu’il représente ailleurs dans le monde. La Cnuced, un organe de l’ONU, chiffrait fin 2018 à au moins 21 millions le nombre d’acheteurs en ligne en Afrique en 2017. C’est moins de 2 % du total mondial, alors que la part de la population est estimée à environ 17 % de celle de la planète. La moitié de ces consommateurs était concentrée au Nigeria, en Afrique du Sud et au Kenya. Le nombre des acheteurs a augmenté chaque année de 18 % depuis 2014, plus vite que la moyenne mondiale de 12 %, mais le commerce en ligne correspondait à moins de 0,5 % du PIB africain, loin de la moyenne mondiale de plus de 4 %, notait la Cnuced.

L’e-commerce africain en question

L’e-commerce en Afrique attire les investisseurs. Mais ils doivent surmonter des obstacles considérables : moindre accès à Internet, pouvoir d’achat limité de la classe moyenne, infrastructures déficientes, méfiance envers les paiements en ligne et, par opposition, prééminence des marchés et des transactions en liquide. Avec les lacunes dans la dénomination des rues, transporter la marchandise à destination est un défi. Des acteurs majeurs comme Amazon se tiennent à l’écart de l’e-commerce en Afrique. D’autres adaptent leurs pratiques à l’environnement. Jumia a développé toute une flotte de livreurs, mais peine à faire des profits.

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Pendant le confinement la société Onecart a évolué et augmenté sa portée en liant des partenariats avec plus de détaillants sud-africains tels que Woolworths, Pick n Pay, Dis-Chem et Clicks. 
© DR

Un renouveau grâce au Covid-19

Le Covid-19 aura permis de capter plus durablement d’anciens clients et d’en hameçonner de nouveaux, disent les opérateurs. « Le fait que les gens ne puissent pas sortir a accru la connaissance et la curiosité sur nos services de vente en ligne et de livraison », dit Jerobeam Pengevally Mwedihanga, propriétaire de Tambula Online Shop, site de vente de denrées en Namibie. « On a l’impression qu’on a réussi à fidéliser des clients qui ont découvert le e-commerce », abonde M. Dufay, chez Jumia. La médaille a ses revers, en fonction des pays, de la sévérité des mesures de confinement ou des produits vendus. Le coronavirus a constitué « un gros coup dur » pour les commandes de restauration, dit Maguelonne Biau, directrice générale de Glovo en Côte d’Ivoire, où cette compagnie fait travailler environ 400 livreurs. « Notre activité supermarché a augmenté mais on ne peut pas dire que ça compense. On a tiré un trait sur tout ce qui était restaurant avec le couvre-feu », dit-elle. Les gens restant chez eux, « chacun est devenu cuisinier », diagnostique Salmi Shigwedha, propriétaire de Garden Inn, livreur de repas en Namibie.

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Source : African Media Agency (AMA)

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